BIOMECANIQUEENCYCLOPEDIEPHYSIQUE

L’influence sur le développement des habiletés motrices.

La présente étude se consacre à « Le vécu sportif » (traduction libre de l’expression « sport participation » tirée de Bridge et Toms (2013)) représente l’ensemble des expériences sportives vécu par un individu, que ce soit sous forme d’activités sportives, d’entraînements, de compétitions ou de jeux. Selon les objectifs sportifs qu’un individu se fixe, le parcours sportif se modifie. L’un des objectifs parmi les plus répandus est celui de l’atteinte des plus hauts niveaux de compétition (Malina, 2010)

Les qualités physiques sont des caractéristiques globales mobilisables dans plusieurs situations, elles confèrent de l’efficacité au-delà du contexte spécifique qui a présidé à leur développement :

« Une qualité physique, c’est une caractéristique globale de la motricité, et un individu ne la possède vraiment que s’il est capable de la mobiliser dans la plupart des situations rencontrées. Cette qualité est donc dotée d’un caractère transférable et opérationnel, qui va faciliter l’acquisition et la qualité des apprentissages moteurs auxquels sera soumis l’individu qui en est détenteur »

Les capacités conditionnelles se fondent sur l’efficience métabolique des muscles et des appareils : la force, l’endurance et la vitesse.
Les capacités de coordination sont déterminées par les mécanismes neuromusculaires permettant d’organiser et de régler le mouvement : l’adresse.
Les capacités intermédiaires : la souplesse et la vitesse de réaction simple.

Il convient de faire une distinction entre la capacité de coordination et l’habileté :
 l’habileté (ou la technique) se rapporte à des actes moteurs concrets, consolidés, et spécifiques à une tâche ou à une classe de tâches (résultat d’un apprentissage) ;
 la capacité de coordination représente la condition générale fondamentale à la base de toute action motrice (résultat d’un développement). Elle permet d’apprendre plus vite de nouvelles habiletés motrices.

COMPÉTENCE

La performance sportive dépend de plusieurs qualités en interaction :
 Des qualités mentales,
 Des qualités relationnelles,
 Des qualités techniques et tactiques,
 Des qualités physiques.
 Hasard, chance, morphologie, conditions extérieures,
forme du jour, matériel, nutrition…

La compétence est une notion assez large. Selon l’AFNOR (Association Française de NORmalisation), une compétence est une combinaison de connaissances, savoir-faire, expériences et comportements s’exerçant dans un contexte précis. Elle se constate lors de sa mise en œuvre en situation professionnelle, sociale ou de formation (AFNOR X50-750).

Ainsi, la compétence n’a de sens que par rapport à l’action : elle est ACQUISE soit à travers la formation, soit par l’exercice d’une activité. On n’est pas naturellement compétent, on le devient !

De plus, la compétence concerne une situation de travail réalisée par un individu. Par exemple : animation de cours de Step, de Pilates, organisation d’événement, conception de vidéos promotionnelles…

CAPACITÉ

Une capacité, c’est le pouvoir, l’aptitude à faire quelque chose. C’est une activité que l’on exerce : identifier, comparer, mémoriser, analyser, synthétiser, classer, sérier, abstraire, observer…
Des synonymes possibles sont : “aptitude”, “habileté”.

QUALITÉ

Enfin, la qualité est une disposition NATURELLE, un trait de caractère. Par exemple : je suis dynamique, sérieux, patient, curieux…

Ainsi, un nombre grandissant d’enfants aspirent à devenir des sportifs professionnels comme leurs idoles. En lien avec cet objectif, de nombreux modèles de développement de l’athlète  proposent deux voies qui peuvent mener à de tels niveaux de performance, soit (a) la spécialisation hâtive, où l’athlète se consacre à un seul sport dès l’enfance, et (b) la spécialisation tardive, où l’athlète pratique plusieurs sports durant son enfance et se concentre sur un seul sport plus tard durant son adolescence (Balyi, Cardinal, Higgs, Norris et Way, 2010; Bloom et Sosniak, 1985; Côté, Baker et Abernethy, 2007).

De plus en plus de jeunes athlètes, de parents et d’entraîneurs considèrent que la meilleure façon d’atteindre les plus hauts niveaux de
performance sportive est de se spécialiser hâtivement dans un sport et de le pratiquertout au long de l’année (Malina, 2010). Cette croyance fait en sorte que le vécu sportif des jeunes athlètes a évolué au cours des dernières années. Autrefois, l’objectif de plusieurs athlètes de niveau secondaire était de faire partie du plus grand nombre d’équipes sportives de leur école (Wojtys, 2013), alors que, de nos jours, de plus en
plus de jeunes athlètes pratiquent un seul sport dans le but de performer dans celui-ci

Plusieurs termes spécifiques à la présente étude sont définis dans le glossaire. L’utilisation du terme « athlète » dans cette étude fait simplement référence à une personne qui pratique un sport. La notion de performance n’y sera habituellement pas associée hormis lorsque le terme sera utilisé dans une citation provenant d’un autre auteur. (Jayanthi, Pinkham, Dugas, Patrick et LaBella, 2012; Wojtys, 2013).

Ce changement dans le vécu sportif des athlètes est influencé par plusieurs facteurs :
 Les entraineurs : Selon Farrow, Baker et MacMahon (2013), l’entraîneur occupe le rôle de mentor et a la responsabilité d’enseigner et de transmettre des savoirs qui permettront à l’athlète de participer et de se réaliser tout au long de son développement sportif. Bien que les parents soient généralement responsables de l’initiation d’un enfant à un sport, c’est habituellement l’entraineurqui met l’accent sur la spécialisation sportive (Nyland, 2014; Wojtys, 2013).
 Les médias : La surreprésentation de certains modèles ayant une grande visibilité dans les médias, tel Tiger Woods, fait en sorte que les parents et les enfants croient qu’il est nécessaire de commencer la pratique intensive d’un sport à un jeune âge pour ainsi obtenir l’avantage sur les autres joueurs et lui permettre d’atteindre les rangs professionnels (Farrey, 2008; Malina, 2010).
 Les parents, quant à eux, par leur soutien, peuvent avoir un effet positif ou négatif sur le plaisir et l’enthousiasme de l’athlète envers la pratique du sport (Power et Woolger, 1994). Bien que la majorité des enfants considèrent comme plus importants les principes de justice, de participation et de développement des habiletés que celui de la victoire, les parents croient que l’enfant aime jouer et pratiquer des sports parce qu’il aime « gagner » (Gould, Eklund et Petlichkoff, 1991; Hedstrom et Gould, 2004; Seefeldt et Ewing,1997).

Woods a commencé la pratique intensive du sport très jeune sous l’encadrement d’un entraîneur. Il représente un exemple de spécialisation hâtive.
Ces différents facteurs influenceront les choix de l’enfant (si c’est lui qui choisit) et, en fonction de ces choix, l’enfant accumulera un vécu sportif propre à lui, inspiré de la voie de la spécialisation hâtive ou de la spécialisation tardive où il pratiquera un sport, deux sports, trois sports, etc., ce qui influencera directement le développement de ses habiletés motrices et les aptitudes physiques (Mostafavifar Best et Myer, 2013).
Selon Schmidt (1993), les aptitudes physiques sont des caractéristiques héritées qui ont un potentiel d’amélioration limité par des facteurs génétiques et héréditaires; la pratique et l’entrainement auront donc un effet limité sur elles. Les aptitudes sous-tendent les habiletés motrices. Ces dernières se composent de plusieurs aptitudes et peuvent être modifiées par la pratique et l’expérience. L’habileté consiste en la capacité de parvenir à un résultat avec le maximum de certitude et des dépenses d’énergie et/ou de temps minimales (Guthrie, 1952, p. 136), et l’habileté motrice représente la capacité de l’individu à réaliser une action motrice selon les mêmes critères (Hodges et Williams, 2012; Schmidt, 1993).
Toutefois, peu d’études se sont intéressées au lien entre le développement des habiletés motrices et le vécu sportif de l’athlète. Les modèles de développement de l’athlète se sont beaucoup intéressés au cheminement des athlètes ayant atteint les plus hauts niveaux de compétition, mais ils se sont très peu intéressés à l’athlète au moment où il quitte la voie de la performance sportive et qu’il abandonne ses objectifs de compétition à l’international, ses visées d’obtenir des bourses universitaires ou d’atteindre les rangs professionnels (Malina, 2010).

À ce moment là, son vécu sportif lui permettra-t-il de maintenir une bonne condition physique à long terme? En lien avec ce questionnement, Stodden, Langendorfer et Roberton (2009) ont montré que le niveau des habiletés motrices est en relation directe avec le maintien d’une bonne condition physique à long terme. Parmi les rares auteurs qui se sont intéressés au sujet, Mostafavifar et ses collaborateurs (2013) ont émis l’hypothèse que la spécialisation hâtive, contrairement à la spécialisation tardive et à la participation récréative, pourrait mener à une diminution ou à une limitation du développement des habiletés motrices et des aptitudes physiques.
À ce jour, on ignore comment le vécu sportif influence le développement des habiletés motrices. Cette étude poursuit donc les objectifs suivants : (a) étudier les liens entre les indicateurs du vécu sportif (tels que l’âge de début du sport, le nombre de sports pratiqués, le volume d’entrainement de chacun des sports, la durée de la pratique de chacun des sports, le volume total d’entrainement total et le niveau atteintdans chacun des sports) du participant et le niveau de certaines habiletés motrices des participants et (b) déterminer si un participant s’inscrivant dans une voie visant la
performance sportive (spécialisation tardive ou hâtive) peut limiter sa capacité à maintenir une bonne condition physique à long terme en raison d’une limitation du développement de ses habiletés motrices.

Les habiletés motrices dans un premier temps,

définit le vécu sportif dans un deuxième temps et situe le vécu sportif à l’intérieur des modèles sous-jacents à l’étude (cadres de référence) dans un troisième temps.

Les habiletés motrices 

Distinction par rapport aux aptitudes et définition
En premier lieu, il est important de bien comprendre la différence entre les notions d’habiletés motrices et d’aptitudes. Les aptitudes physiques sont des caractéristiques héritées génétiquement, qui proviennent donc de nos parents et qui sont relativement stables. Par exemple, un individu avec une consommation maximale d’oxygène (VO2 max) de 45 ml/mn/kg conservera un score relativement stable même s’il ne s’entraine pas durant une longue période de temps, puisque la consommation maximale d’oxygène est une aptitude (Fleishman et Reilly, 1992).

Différences entre aptitudes et habiletés motrices (adapté de Schmidt, 1993) Aptitudes Habiletés motrices
Caractéristiques héritées développées par la pratique Stables et persistantes Modifiées par la pratique
Au plus 52 (Fleishman et Reilly, 1992) Innombrables
Sous-tendent de nombreuses activités dépendent de plusieurs aptitudes. En combinant des travaux de recherches sur le terrain et de laboratoire, Fleishman et Reilly (1992) ont suggéré une liste exhaustive de 52 aptitudes, réparties
en trois grandes catégories : (a) cognitives, (b) physiques et (c) sensorimotrices. Malgré le fait que les travaux de Fleishman et Reilly (1992) ne sont pas orientés spécifiquement sur le sport, plusieurs des aptitudes qu’ils ont identifiées sont transférables aux activités physiques et sportives. Selon ces derniers, il existe neuf
aptitudes dites physiques : (a) force statique, (b) force explosive, (c) force dynamique, (d) force du tronc, (e) endurance, (f) flexibilité tendue, (g) flexibilité dynamique, (h) coordination du corps et (i) équilibre du corps. D’autres aptitudes proviennent d’autres catégories, mais peuvent aussi s’appliquer au sport, comme les aptitudes cognitives (ex. : organisation spatiale), les aptitudes psychomotrices (ex. : dextérité manuelle, temps de réaction, coordination visuomotrice, etc.). Selon Schmidt (1993), les aptitudes sont à la base de divers types d’activités cognitives, d’habiletés motrices et d’actions physiques. Ainsi, les habiletés motrices se composent de plusieurs aptitudes et, par la pratique et l’entrainement, l’individu améliorera sa capacité à coordonner les diverses aptitudes, le rendant ainsi plus habile à réaliser des habiletés motrices. C’est pourquoi on dit que les habiletés peuvent être modifiées par la pratique (tableau 1). Par exemple, un joueur de tennis apprendra progressivement à coordonner sa force explosive et sa dextérité manuelle, ce qui améliorera son habileté motrice du service (d’autres exemples sont présentés dans la
figure 1). Schmidt et Lee (1988), qui se sont intéressés à la relation entre les aptitudes et les habiletés dans le sport, mentionnent que les aptitudes représentent « l’équipement » qu’un individu a à sa disposition pour réaliser une habileté. Ils ajoutent que le niveau de performance de cette dernière sera influencé par les aptitudes physiques. Ainsi, chaque habileté dépend de plusieurs aptitudes et une même aptitude peut contribuer à plusieurs habiletés. Relation entre les habiletés et les aptitudes (inspirée de Schmidt, 1993, p. 153)
Certaines habiletés sont très complexes et nécessiteront plusieurs aptitudes alors que d’autres habiletés sont plus simples et stimuleront moins d’aptitudes. Plus une habileté est complexe, plus elle nécessitera l’accumulation de plusieurs heures de pratique pour être maîtrisée (Simon et Chase, 1973). Pour certaines disciplines sportives, les aptitudes limitent la performance ou le niveau pouvant être atteint. Par exemple, un individu de petite stature ne pourra jamais devenir joueur de ligne au football professionnel, quel que soit le temps qu’il consacre à l’entrainement, parce qu’il ne possède pas les aptitudes physiques nécessaires pour cette habileté. Schmidt (1993) apporte toutefois une nuance à la relation entre performance et aptitude. Il soutient que même si un débutant ne réalise pas de bonnes performances à un test d’habileté du lancer par-dessus et que l’on croit qu’il ne possède pas les aptitudes adéquates pour cette habileté, une grande partie du déficit peut être expliquée par un manque d’entrainement. Ainsi, un individu peut présenter de mauvais résultats au test du lancer par-dessus, mais posséder tout de même les aptitudes reliées à l’habileté (ex. : force explosive, coordination, etc.). Un simple manque d’entrainement pourrait expliquer ce résultat.

Bien que le nombre d’aptitudes soit limité, il existe en contrepartie une infinité d’habiletés. Plusieurs continuums existent afin de les comprendre et d’optimiser leur apprentissage. Schmidt (1993) en aborde plusieurs dans son ouvrage : il classe les habiletés (a) de fines à globales, (b) de cognitives à motrices, (c) de continues à discrètes et (d) d’ouvertes à fermées. Dans la présente étude, la classification de Gallahue et Cleland-Donnelly (2007) a été utilisée puisqu’elle a été développée spécifiquement pour le domaine de l’activité physique, contrairement, par exemple, à celle de Fleishman et Reilly (1992) qui s’intéresse à la performance humaine en général. Cette classification sépare les habiletés motrices en trois grandes catégories dites « fondamentales », (a) les habiletés d’équilibre, (b) les habiletés de locomotion et (c) les habiletés de manipulation. (2).

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