ENCYCLOPEDIE

Médecine Sportive dans le Golf

La Médecine Sportive par le Dr Gérard Thibier

golf_fitness_1golf-science blessures10 gestes ER

Dr Gérard Thibier*

Heureusement non traumatique, le golf présente une pathologie dominée par les tendinopathies des membres supérieurs. Intensifier la préparation physique et mentale, professionnaliser l’approche médicale du jeu restent les défis à relever pour aider nos joueurs et joueuses à devenir plus performants.

Définition de la tendinite

La tendinite est l’inflammation d’un tendon qui résulte d’un traumatisme ou d’une blessure. On appelle tendinose la tendinite chronique liée à une dégénérescence progressive du tendon. Néanmoins le terme tendinite tend à être utilisé pour les deux situations.

Les tendinites les plus courantes sont :
– Tendinite du poignet
– Tendinite du coude
– Tendinite de l’épaule
– Tendinite de la cheville (tendon d’Achille)
– Tendinite du genou

Les ligaments blessés prennent beaucoup de temps à se rétablir.

La raison en est la faible vascularisation de leurs fibres (peu de sang traverse les tendons).

Les tendons dépendent de mécanismes capillaires avec le liquide synovial pour leur alimentation et l’évacuation de leurs déchets métaboliques. Cette circulation est donc sensible.

L'Articulation synoviale

La synovie est un liquide biologique visqueux situé au niveau des articulations et remplissant plusieurs fonctions. Il limite la friction des os entre eux, amortit les chocs, fournit les nutriments et le dioxygène nécessaires aux chondrocytes (cellules du cartilage) tandis qu’il élimine leurs déchets métaboliques, et profite de la présence de cellules immunitaires pour éliminer d’éventuels corps étrangers.

La synovie est sécrétée par les cellules de la membrane synoviale (les synoviocytes) et est riche en acide hyaluronique.

Causes de la tendinite

Le tendon s’affaiblit et conduit à la tendinite lorsque son utilisation dépasse ses capacités de régénération, par exemple en cas de surmenage, d’efforts physiques intenses, de mouvements répétitifs sur une durée prolongée… Il peut également s’affaiblir en cas de déséquilibres musculaires qui affectent la symétrie des mouvements du corps ou en cas de contractures chroniques dans la région du tendon.

L’inflammation du tendon est la tentative du corps de solliciter les ressources du système immunitaire pour régénérer le ligament affaibli. On observe lors d’une inflammation du tendon une augmentation de la présence de sang dans le celui-ci et donc une réponse vasculaire à sa blessure. C’est ce qui explique le gonflement ou parfois le rougissement de la zone. Cependant, le sang circule très peu et Aström et Rausing* ont montré que cette augmentation de la présence du sang autour et dans le tendon blessé ne peut pas être considéré comme une indication de la réparation effective des tissus du tendon.

De surcroît, la dégénérescence des cellules du tendon n’entraîne pas toujours une réponse vasculaire et inflammatoire. Lorsque cette réponse n’est pas déclenchée, la dégénérescence conduit progressivement à une rupture du tendon. C’est la raison pour laquelle, en dehors des causes évidentes liées aux accidents, les ruptures ligamentaires ne sont parfois précédées d’aucun symptôme (rupture spontanée).

L’apparition de l’inflammation et donc de la douleur et d’une réponse vasculaire, même si elle n’est pas le signe que le corps est en mesure de réparer correctement le tendon, trouve son utilité dans le fait qu’il force la personne à ménager l’articulation touchée et ainsi à éviter la déchirure.

C’est le manque de circulation vasculaire et nerveuse dans la région du tendon qui explique pourquoi l’inflammation devient chronique et que le corps ne parvient pas à régénérer correctement les cellules du tendon.

*Astrom M, Rausing A. A survey of surgical and histopathologic findings.

Les qualités techniques :

La technique de nos joueurs est maintenant bien maîtrisée et encadrée par la Fédération française de Golf (FFG).
Pris en main très tôt dans des écoles de golf,repérés dans les stages de ligues sous le contrôle de leurs professeurs,les jeunes joueurs intègrent ensuite les Pôles Espoirs (4 en France, bientôt 5), pour ensuite intégrer le Pôle France.Ils sont alors encadrés sur le plan technique par nos meilleurs entraîneurs, sans oublier les études,de façon à ne pas compromettre une autre carrière professionnelle en cas d’échec ou de blessure dans leur parcours de champion.

Le suivi médical :

Le suivi médical s’organise autour du binôme président de la Commission médicale/ médecin fédéral national.
Le suivi longitudinal est obligatoire dans le cadre de la loi, comme dans toute autre fédération, et placé sous le contrôle du médecin fédéral national pour les joueurs de haut niveau. Les rassemblements au niveau des pôles lui facilitent les contacts et les consultations. L’élite professionnelle est plus individualiste par essence, mais une « semaine de l’Elite », rassemblant nos meilleurs professionnels, nous permettra d’être à leur écoute et de leur apporter notre aide médicale.

Le suivi individuel :
La préparation physique

Le golfeur est un véritable athlète.

Les qualités d’un champion sont extrêmes et quelquefois paradoxales, donc difficiles à cumuler :
● puissance et précision ;
● force et souplesse ;
● concentration et décontraction ;
● régularité et coups de génie ;
● routine et instinct ;
● perception visuelle aiguë dans un environnement par essence mouvant ;
● et surtout, cette facilité de réussir sous cette fameuse pression des derniers coups, voire du dernier putt.

L’entraînement physique du golfeur est donc complexe, car il doit permettre de réussir, développer et entretenir toutes les qualités requises.
Cependant, certaines bases sont bien maîtrisées :
1. la puissance du coup est produite par l’association vitesse du club, précision à l’impact et équilibre du mouvement ;
2. la vitesse est essentiellement procurée par un transfert de poids entre la montée et la descente du swing ; les muscles du quadriceps sont donc essentiels, aidés par une excellente ceinture abdominale ;
3. la précision de l’impact est fournie par une très bonne coordination oeil-cerveau-mains, difficile à obtenir ; les extrêmes sont connues, le don pour Ballesteros et le travail pour Singh ;
4. l’équilibre du mouvement passe notamment par les pieds et tout un travail podologique doit être effectué : nos meilleurs joueurs ont tous une étude podologique précise et minutieuse, qui se traduit le plus souvent par la confection de semelles équilibrant les défauts d’appui et de posture ;
5. l’équilibre postural passe aussi par un articulé dentaire sans tension et depuis longtemps déjà, nos confrères dentistes sont sollicités pour pallier les défauts occlusifs et là aussi appareiller si besoin les joueurs.
La présence sur le Tour Européen d’un camion de physiologie confirme toute l’importance des qualités physiques du golfeur. Dès les parcours terminés, ils peuvent bénéficier de l’expérience d’ostéopathes et de physiothérapeute,ainsi que d’appareils pour démarrer une récupération musculaire.

L’alimentation :

Comme dans tout autre sport, bien que cela soit totalement négligé même par nos grands champions, l’alimentation revêt un rôle essentiel.
Quatre heures de marche, quelquefois 2 fois par jour, dans toutes les conditions climatiques,sous pression,consomment environ 1 800 calories par parcours.

Il faut donc connaître les principes de base de l’alimentation, afin d’éviter les fautes les plus courantes :
● avoir une alimentation trop rapprochée ou trop éloignée de l’heure du départ ;
● oublier de boire sur le parcours ou exagérer les boissons gazeuses ;
● consommer des aliments inadaptés à l’effort, trop riches en graisses ou en sucres rapides ;
● méconnaître les périodes de baisse de glycémie suspectées par l’expérience et dont un travail récent, en cours de publication, viendra confirmer l’importance.

La préparation mentale :

Comme dans les sports de précision, on touche ici à un élément fondamental du golf, par essence individuel et donc d’une approche difficilement reproductible.
Les qualités requises sont là aussi multiples :
● concentration extrême sur un temps très court ;
● résistance à la pression, peur de gagner ou de perdre ;
● capacité d’éliminer rapidement les mauvais coups ou les coups du sort ;
● capacité d’alterner les périodes de concentration et de relâchement sur
une longue durée.
L’aide psychologique à partir d’une étude d’items simples se fait au sein des pôles, le plus souvent à la demande des joueurs.

LES PATHOLOGIES DU GOLFEUR :

Les pathologies du golf, sport de lancer non traumatique, sont dominées par les tendinopathies du membre supérieur, la pathologie de la coiffe des rotateurs et les lombalgies. Les fractures de fatigue des arcs costaux et du sternum, ainsi que la fracture de l’os crochu lors d’un coup bloqué sont à ne pas méconnaître.
Les épichondylites et les épitrochléites sont souvent associées à des erreurs techniques et à du matériel non adapté.

Le repos, les anti-inflammatoires et les séances de physiothérapie permettent de limiter le recours aux infiltrations et d’avoir rarement besoin de la chirurgie.
Le golf ne doit plus avoir mauvaise réputation quant à la lombalgie.

Certes, les débutants et les très bons joueurs restent toujours exposés, mais ces derniers ont une excellente technique et, depuis quelques années,une excellente condition physique. Celle-ci, basée sur le couple souplesse du tronc-force des quadriceps,limite la survenue de la lombalgie.
L’adoption des longs putters a permis de soulager le rachis, mais il semble qu’une prochaine modification des règles les interdise dans l’avenir.
La pathologie discale reste la plus fréquente, mais les atteintes articulaires postérieures et les syndromes de charnière dorso-lombaire sont aussi souvent diagnostiqués.

Là encore,le repos et les thérapeutiques classiques permettent le plus souvent un retour rapide à la compétition.
L’amélioration permanente du matériel favorise la tolérance de l’impact et limite les traumatismes. De même, la conception de clubs sur mesure (fitting),qui se généralise,permet d’adapter le matériel à la morphologie du joueur et donc de limiter les traumatismes.

LE DOPAGE :

Bien que les instances américaines clament encore,non sans une certaine ironie, qu’aucun élément extérieur ne permet d’améliorer la performance du golfeur, il semble bien que des substances interdites continuent d’être employées sur les circuits professionnels et amateurs. Notre rôle d’information et de prévention prime et les outils de communication actuels facilitent l’accès à la liste des produits interdits. La mise en place définitive des Comités pour l’autorisation d’usage à des fins thérapeutiques (CAUT) par le Conseil de prévention et de lutte contre le dopage (CPLD) permettra de lutter contre les tricheurs plus efficacement. L’attention est attirée sur la composition des boissons et des aliments énergétiques, qui contiennent encore des produits illicites.

LES DÉFIS À RELEVER :

Si des avancées considérables ont été faites dans l’approche de la préparation du golfeur, un certain nombre de progrès doivent encore être réalisés :
● améliorer la standardisation et l’efficacité de la préparation physique ;
● améliorer les tests physiques adaptés au golfeur, pour mieux connaître
ses lacunes et son état de forme ;
● améliorer le suivi psychologique ;
● canaliser et mettre en pratique tous les travaux sur la vision,élément fondamental dans ce sport de précision,certaines sociétés allant même jusqu’à confectionner des lentilles qui améliorent la perception des pentes sur les green ;
● favoriser,sous contrôle médical,la précocité des jeunes joueurs, tout en sachant que la maturité du sport se situe entre 25 et 45 ans.

CONCLUSION :

Le golfeur professionnel est devenu un athlète. Nos jeunes joueurs et joueuses l’ont bien compris. Les filières mises en place par la FFG privilégient désormais le physique autant que la technique.
L’amélioration constante du matériel et des balles rend ce sport plus facile,donc moins traumatique.Il peut donc être pratiqué de plus en plus jeune et nos seniors restent encore très performants.

Sport santé par excellence, le golf continue sa démocratisation et son développement.
Les équipes médicales doivent encore mieux aider nos joueurs dans leur préparation et leur suivi,à condition qu’ils prennent conscience du travail effectué pour en profiter pleinement.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *