ACADEMYENCYCLOPEDIEHISTOIRE

Nos espoirs dans le top 30 mondial amateur ?

Pascal Grizot :

La ffgolf franchit une nouvelle étape dans sa transformation pour placer ses meilleurs joueurs au plus haut niveau mondial. Pascal Grizot, Président du comité de performance de la ffgolf, nous l’explique.

Quand on a des amateurs français parmi les 20 meilleurs du monde, ça ne veut pas dire qu’ils vont se retrouver n°1 mondial, mais ça veut dire que, souvent ils feront des performances de très haut niveau.

Charles Larcelet et Nicolas Muller ont grandement contribué au sacre européen de l’équipe de France boys à Chantilly cet été. FFGOLF

Victor Perez : « Il faut savourer ces moments parce qu’ils sont rares »

Le Français Victor Perez s’est imposé dimanche dans le prestigieux Dunhill Links Championship. (LEE SMITH/Action images via reuters)

Romain Lefebvre mis à jour le 1 octobre 2019 à 10h15

« Avec le recul, comment avez-vous vécu ce dimanche de victoire au Dunhill Links ?
C’est dur de réaliser, car tout se passe finalement très vite. Entre le début de la partie et la remise des prix, tout s’enchaîne mais ça restera une journée dont je me souviendrai toute ma vie.

Qu’est-ce qui a fait votre force pendant ces quatre jours ?
Le fait d’habiter ici a beaucoup aidé. Avoir l’habitude du terrain, du vent, du froid, le fait de dormir chez soi (il réside à Dundee à 20 km de St Andrews), ça aide à être un petit peu plus relâché par rapport à une semaine de tournoi classique, entre l’aéroport et l’hôtel. Ça fait partie des ingrédients du succès.

Il y a aussi la gestion des émotions lors d’un dernier tour que vous avez attaqué en tête…
Samedi soir, j’étais en tête du tournoi à égalité, je savais qu’il allait falloir encore beaucoup d’énergie pour un dimanche qui s’annonçait compliqué parce qu’on était beaucoup de joueurs en peu de points. J’avais besoin de toute mon énergie pour performer, et continuer à faire des birdies parce que je m’attendais à ce que quelqu’un à -17 ou -18 (il était à -20) fasse une grosse journée et descende à -24 ou -25. J’ai eu de la réussite, parce que ça ne s’est pas passé mais il fallait garder beaucoup de forces. J’avais donc coupé mon téléphone parce qu’on peut vite commencer à lire ses messages, à aller sur les réseaux sociaux et se faire des scénarios, un petit film en se disant  »ah si je gagne, il se passe ci, ou ça… » et c’est comme ça qu’on se sort complètement du moment présent, ce qui crée souvent des problèmes…

Avez-vous été félicité par quelques cadors du circuit ?
Justin Rose m’a dit bravo juste en sortant du recording. Il m’a félicité pour ma victoire qu’il a trouvée très impressionnante. Et Tommy Fleetwood, qui était assis à côté de moi lors de la remise des prix pour sa victoire en équipe, m’a également félicité. Durant son speech, il a dit qu’il avait trouvé ça très fort de finir le tournoi de cette façon. Ça fait plaisir, évidemment.

Vous avez idéalement démarré la saison sur le circuit européen, avant d’être un peu en retrait par la suite : qu’est-ce qui fait selon vous que vous revenez si fort en fin de saison ?
Je ne sais pas si quelque chose a changé en particulier. J’ai déjà moins joué par rapport à d’autres joueurs. J’en suis à 19 tournois alors que beaucoup en ont joué 23, 24, 25… Si on joue moins et qu’on performe moins, on peut vite se retrouver relégué. Après, ce sont les cycles de forme : j’ai fait une grosse fin d’année 2018 (en terminant 3e du Challenge Tour), un bon début d’année 2019 (deux top 15 d’entrée), et à un moment garder ce niveau de jeu, surtout sur le circuit européen, devient de plus en plus compliqué. Il faut continuer à monter, mais ça reste difficile d’enchaîner les grosses semaines. Il ne faut pas les prendre « cadeau » en se disant qu’on va bien jouer tout le temps. Il y a des cycles, où on joue bien et d’autres où ça se passe moins bien.

Comment s’est faite la rencontre avec votre caddie, J.P. Fitzgerald, l’ancien de Rory McIlroy ?
C’est mon agent (Joe Shuchat) qui a vu qu’il n’avait pas de sac, et c’est moi qui l’ai contacté avec l’aide du Tour européen. C’était mon quatrième tournoi avec lui. Il m’apporte de la confiance, de la connaissance, de l’expérience. Ça fait plus de vingt ans qu’il est là, il connaît tous ces parcours de St Andrews, Carnoustie et Kingsbarns par coeur. Ça aide, ça rassure en fait. Il a vu tous les trous joués dans telle ou telle circonstance, il peut te dire :  »Quand le vent souffle comme ça, il faut taper là ; ce putt, il va pendre telle pente parce que je me souviens de l’avoir déjà vu… », ce qui réduit la part d’aléatoire et de questions. Est-ce que la balle va tourner ou pas, prendre la pente ou pas ? Lui a cette expérience pour garantir la réponse et éliminer les doutes.

« Le golf, c’est une constante remise en question »

Vous êtes désormais 72e mondial avec deux années d’exemption sur le circuit européen. Qu’est-ce que ça change pour vous, sachant que de nouveaux horizons s’ouvrent à vous ?
Il faut essayer de changer le moins possible. Les deux ans d’exemption, une bonne place au world ranking, une bonne remontée à la Race to Dubaï (de 78e à la 17e place), il faut apprécier. Mais le golf, c’est une constante remise en question. Il faut savourer ces moments parce qu’ils sont rares, en profiter tout en sachant que, dans dix jours, je replante le tee en Italie, et que c’est un nouveau tournoi qui redémarre, avec un nouveau parcours, en repartant de zéro. Il faut garder et optimiser ce qu’on a fait et prendre le positif mais, d’un autre côté, il faut aussi rester lucide. Arriver à surfer la vague sans trop la surfer. Continuer avec cette confiance et cette réussite, mais en même temps faire les bons choix et respecter les tournois les uns après les autres.

Cette forme de sagesse vous vient naturellement ou est-ce le fruit d’un travail mental ?
J’ai une préparatrice mentale, Deborah Graham, avec qui je travaille depuis deux ans maintenant et qui est aux États-Unis. Mais ce sont aussi les gens autour de moi (mon préparateur physique, mon caddie, etc.) qui font ça depuis plus de vingt ans, qui ont l’expérience du très haut niveau et qui ont vu les erreurs se faire, les bonnes choses aussi, et sont donc capables de me guider vers le bon chemin, même si la décision finale vient toujours de moi. Être orienté ou guidé par des gens qui ont beaucoup d’expérience, ça aide. Ils peuvent me dire :  »Tu as peut-être envie de faire ça mais j’ai vu vingt ou trente joueurs faire pareil et ça a été une erreur. » Encore une fois, cela enlève du doute et des questions et ça permet d’avancer de manière positive.

Votre nouveau statut va vous ouvrir les portes de nouveaux tournois, des WGC, voire des Majeurs. Cela implique-t-il de tout remettre à plat sur votre calendrier pour atteindre des pics de forme au bon moment ?
Ça va dépendre, notamment de ma fin de saison. Le calendrier va être fait avec mon entourage pour bien doser, ne pas jouer trop de gros tournois, ou trop de petits, en se basant sur mon profil psychologique, comment je me sens à telle période, il y a plein d’éléments qui entrent en ligne de compte. Il peut se passer tellement de choses entre aujourd’hui et dans six mois. Il faut donc que je me concentre sur le présent : prendre une bonne semaine de repos, partir en Italie et me concentrer sur ce prochain tournoi. À ce jour, je ne peux faire que ça.

L’Open de France (17-20 octobre) arrive bientôt, c’est important pour vous de jouer votre open national avec le statut de n° 1 français au classement mondial ?
Normalement, je dois le jouer, oui, après l’Italie. C’est sûr que c’est un tournoi dont tous les joueurs français sont très fiers, surtout au Golf National qui est un parcours exceptionnel, et sera à mon avis de qualité malgré la date un peu plus tardive que par le passé.

Et au-delà de cette fin de saison, à plus long terme, aller jouer sur le PGA Tour fait-il partie de vos objectifs ?
Ah oui, c’est évident. On le voit, les meilleurs joueurs du monde jouent aux États-Unis, que ce soit les meilleurs Européens ou tous les Américains qui restent chez eux. Le circuit européen a du mal à attirer les Américains à part pour les Rolex Series, Wentworth et peut-être les finales. Le Tour fait beaucoup pour attirer ces joueurs, cette année ils ont fait du très beau boulot avec un champ à Wentworth très relevé. Mais si on veut un jour se tester et savoir ce qu’on a vraiment dans le ventre, et où on en est sur notre niveau, il faut passer par le PGA Tour. »

Qu’avez-vous ressenti, samedi, en voyant l’équipe de France Boys devenir championne d’Europe ?

Beaucoup de bonheur et beaucoup de fierté. Une victoire chez les Boys, ça veut dire quelque chose. La politique mise en place aujourd’hui a une vision à quatre ans, avec les championnats d’Europe et du monde qui auront lieu bien sûr en 2020, mais surtout les Championnats du monde par équipes qui auront lieu au Golf National et à Saint-Nom La Bretèche en 2022. Au-delà de ça, on s’aperçoit que, quand on prépare très bien nos athlètes amateurs, ça favorise leur transition vers les professionnels.

C’était le cas pour Victor Dubuisson, qui a été n°1 mondial amateur et qui, quelques années plus tard, a joué et gagné la Ryder Cup. Ça a été le cas pour Alexander Levy, qui a été dans le top 15 amateur, et qui a fait partie du top 50 mondial. Côté féminin, Céline Boutier a occupé la première place mondiale amateur et performe aujourd’hui sur le LPGA. Antoine Rozner, leader actuel du Challenge Tour, a côtoyé le top 15 mondial amateur. Donc pour la Fédération, la préparation des amateurs est très importante.

La victoire des Boys, ce n’est certainement pas de la chance. C’est le résultat de l’excellent travail de tout un staff, le responsable de la filière Boys Mathieu Santerre, le sélectionneur Benoît Teilleria, le capitaine François Dubrule, le kiné de l’équipe Khélil Baba Aissa. C’est aussi le résultat d’une excellente préparation, avec un stage à La Reserva en début d’année auquel a participé Grégory Havret, avec les déplacements de Benoît Teilleria pour rencontrer les coaches individuels des joueurs. L’équipe s’est aussi construite avec ses succès au match France-Angleterre Boys et lors de la Quadrangulaire.

Je ne pense pas non plus que la chance ait beaucoup de choses à voir avec les grandes performances de Pauline Roussin Bouchard, Lucie Malchirand et Candice Mahé.

La politique de haut niveau de la ffgolf a fait l’objet de changements lors de la dernière intersaison. Quels pans de cette politique sont validés, selon vous, par ce titre européen ?

Il y a vraiment eu une remise en cause, après les résultats des derniers Championnats du monde, qui n’étaient pas bons. Des débriefings ont été faits avec tous les entraîneurs, que ce soit dans le golf amateur féminin ou masculin, en rappelant quels étaient les objectifs de la Fédération. Il était clair que, si les résultats n’étaient pas aussi bons, ce n’était pas seulement la faute des joueurs. C’était aussi que, de notre côté, on n’avait pas mis tout en place pour réussir au plus haut niveau.

On s’est vite rendu compte qu’il fallait qu’on travaille avec les entraîneurs qui sont au plus proche du jeu. On s’est rapprochés de gens d’expérience comme Gwladys Nocera (aujourd’hui coach de l’équipe de France Girls, NDLR). Même chose chez les Dames avec Patricia Meunier-Lebouc (coach de l’équipe de France Dames, NDLR).

On a également décidé d’avoir deux centres de performance, qui vont être mis en place sur deux saisons. Avec le soutien significatif de l’état et des collectivités territoriales (Région Ile de France, Conseil départemental des Yvelines et Saint Quentin en Yvelines), 3,5 millions d’euros vont être investis au Golf National pour construire des hébergements pour les athlètes, un stade de petit jeu qui sera unique en France, tant au niveau de sa conception que de son entretien, grâce aux conseils et à la supervision d’Alejandro Reyes.

On aura également une salle pour faire du putting l’hiver, et des salles de cours. Actuellement, les joueuses du Pôle Girls, au Golf National, doivent rentrer dormir au Creps de Châtenay-Malabry, et « perdent » 45 minutes le matin et le soir. Cette heure et demie pourra être mise au service de la récupération et de la performance. Les salles de cours et de préparation physique seront prêtes en septembre prochain, le reste pour la rentrée 2020.

Ensuite, sur le site de Terre Blanche, on n’aura pas besoin de construire. Les athlètes auront déjà des salles de cours pour suivre leur scolarité. Le Golf de Terre Blanche a construit des logements qui se prêtent parfaitement à l’hébergement des joueurs. Ce sera le même système qu’au Golf National, pour que les athlètes puissent se préparer dans les meilleures conditions.

Ce titre des Boys coïncide avec plusieurs belles performances françaises dans les tournois professionnels. À tous ceux qui s’impatientent de voir des Français au plus haut niveau mondial, peut-on dire aujourd’hui que ce sera peut-être pour bientôt ?

Je pense que nous sommes sur la bonne voie. Mais nous ne devons pas relâcher nos efforts car nous sommes encore loin de nos objectifs. Notre métier de fédération, c’est de mettre les sportifs sur la voie vers la haute performance. On met en œuvre tout ce qui est en notre pouvoir pour ça, coaching, site d’entraînement, accompagnement à l’élaboration d’un projet sportif ambitieux, développement de toutes les composantes de la performance en golf, programme de jeu international, partage d’expérience pour les joueurs et entraîneurs français avec les meilleurs experts et champions internationaux…

En revanche il faut être lucide, la fédération ne peut pas se substituer à la volonté, à la motivation personnelle de chaque joueur. Après avoir continué à les accompagner dans leur transition amateur-pro pour qu’ils prennent leurs marques, les joueuses, les joueurs doivent devenir autonomes. Sans l’acquisition de cette autonomie, de cette capacité à faire des choix aussi clairs qu’ambitieux, on ne peut pas atteindre le très haut niveau. Nous devons, à toutes les étapes de formation des jeunes joueurs, les « éduquer » à la recherche de cette autonomie.

Ensuite, si on a fait correctement notre métier de formateur en veillant à bien construire l’entourage et l’encadrement du joueur, il doit voler de ces propres ailes. Regardez la trajectoire chez les proettes de Céline Boutier qui est exemplaire après avoir fait les beaux jours de l’équipe de France. La fédération peut et doit accompagner ces joueurs élites mais elle doit aussi avoir la maturité et d’une certaine manière le courage de les laisser se construire leur trajectoire de champion, en soignant cette transition amateur-pro qui doit durer au maximum 3 ans.

En mai 2018, la ffgolf tirait les conséquences d’une baisse des résultats de ses équipes de France Amateur et présentait les grandes lignes d’une nouvelle approche de la préparation de haut niveau de ses plus grands espoirs. Un an et demi plus tard, sa Direction Technique Nationale annonce des changements dans les staffs des équipes de France.

Jean-François Lucquin, ancien joueur et vainqueur sur le circuit européen, se voit confier l’encadrement de l’équipe de France boys. Il devient également l’entraîneur du pôle France de ce même collectif, et sera épaulé par Pierre-Jean Cassagne. Benoît Teilleria hérite quant à lui de l’équipe de France messieurs aux côtés de Mathieu Santerre (entraîneur du pôle France boys par ailleurs). Antoine Delon en sera le nouveau capitaine (il succède à Laurent Gautier, dont l’investissement total auprès des équipes de France est à saluer).

Patricia Meunier-Lebouc et Gwladys Nocera (avec Mickaël Mahéo) restent respectivement à la tête des dames et des girls. Les entraineurs de ces collectifs seront placés sous l’autorité de Jean-Luc Cayla, nommé Directeur de la Performance. Cet ancien Directeur général de la société anonyme sportive professionnelle (SASP) du Lagardère Paris Racing et entraîneur de sportifs de haut niveau, reconnu pour ses compétences pluridisciplinaires et ses connaissances universitaires et académiques, sera lui-même placé sous l’autorité de Maïtena Alsuguren qui assurera le pilotage de l’ensemble du dispositif.

Pascal Grizot, quelle lecture devons-nous faire des changements à la tête de vos équipes de France et de l’arrivée de Jean-Luc Cayla ?

Les résultats produits par les sportifs français n’ont eu de cesse de monter en puissance entre le début des années 2000, jusqu’en 2015.

Les années 2014 et 2015, ont été les saisons durant lesquelles les sportives et sportifs français ont enregistré les meilleurs résultats, tant chez les amateurs que chez les pros. Symboliquement, et ce n’est pas rien, les fantastiques performances de Victor Dubuisson et de Karine Icher en 2014, ont eu pour écho, des titres majeurs lors du British Amateur et British Ladies pour Céline Boutier et Romain Langasque. Or, cette dynamique positive, s’est essoufflée. Il était de la responsabilité de la ffgolf, d’en analyser les causes.

Un audit des moyens engagés pour la haute performance a été effectué par Jean-Luc Cayla compte tenu de son expérience dans le domaine. Cela nous a permis de prendre les décisions qui s’imposaient afin de renouer avec le succès. Après la déception des derniers championnats du monde amateur, il y a eu une prise de conscience collective de la nécessité de faire évoluer notre stratégie. Cette unité dans l’analyse objective de nos performances a permis une remobilisation salvatrice. Les résultats aux derniers championnats d’Europe, auréolés notamment d’une médaille d’or pour nos boys, en témoignent.

Cette remobilisation s’est accompagnée de changements dans les moyens affectés pour atteindre nos ambitions élevées. Concrètement, c’est de ces moyens dont nous avons parlés en mai 2018. Et nous n’avons pas dévié de la ligne directrice affichée à cet instant.

Nous avions notamment annoncé à l’époque notre volonté d’apporter plus d’expertises et de nous appuyer sur l’expérience de nos joueuses et joueurs ayant joué et performé au plus haut niveau professionnel. C’est dans cette logique que nous avons décidé de développer notre collaboration avec Gwladys NoceraBenoît Teilleria et Jean-François Lucquin. Leur présence, avec celle de Patricia Meunier-Lebouc, dans l’encadrement de nos équipes de France, doit nous aider à nous replacer parmi les meilleures nations mondiales chez les amateurs. L’implication de Grégory Havretauprès de nos joueurs lors de notre stage hivernal en Espagne à la Reserva est aussi une illustration de notre démarche. Et de la même manière, la nomination de Jean-Luc Cayla s’inscrit dans la volonté d’appréhender de la meilleure façon la très haute performance.

Qu’attendez-vous précisément de la nomination d’un Directeur de la Performance ?

Jean-Luc Cayla doit avant tout être le garant que le projet de haut niveau se déploie de manière efficace sur le terrain et il doit l’incarner au quotidien. Il sera donc en relation étroite avec l’ensemble de nos staffs qui encadrent les pôles et les équipes de France. Il assurera le pilotage des staffs. Son expérience et sa capacité à mobiliser les moyens opérationnels pour atteindre des objectifs de résultat seront précieux. Nous devons avoir un niveau d’exigence très élevé à tous les étages.

La ffgolf a accentué ses dernières années le recours à de l’expertise étrangère. Allez-vous poursuivre dans cette direction ?

Oui bien entendu. Nous sommes très fiers de notre encadrement et sommes particulièrement enthousiastes de voir certains de nos champions vouloir prêtre main forte et réinvestir leur expérience au profit des plus jeunes. Nous concevons l’apport d’entraineurs ou d’experts internationaux comme complémentaire à cette démarche. Nous pensons que la conjugaison de ces deux démarches doit permettre à nos jeunes sportifs de devenir plus performant, plus vite. David Ames, pour le putting, et James Ridyard pour le petit jeu sont régulièrement intervenus auprès de nos jeunes ces derniers mois. Nous allons maintenir ce travail engagé et nous souhaitons même le développer.

En explorant notamment d’autres aspects comme la préparation mentale. Nous avons notamment en ce sens des discussions avec Dave Alred, coach mental, entre autres, de Francesco Molinari. Dave Alred est également connu dans le monde du rugby pour avoir collaboré avec Johnny Wilkinson.

Au-delà de cette expertise étrangère, j’insiste également sur le fait que nous associons de plus en plus les coachs individuels de nos meilleurs joueurs dans nos programmes. Lors des stages de nos équipes de France organisés notamment à la Reserva, nous les avons tous invités à se rendre sur place pour être au plus proches des entraîneurs nationaux et des experts présents sur place. Nous croyons en cette proximité. Tous les coachs individuels n’ayant pas pu se rendre en Espagne ont eu un débriefing complet.

Nous recentrons nos moyens sur des structures de haute performance.

Au-delà des hommes, un mot sur les structures et les outils. Des changements ont-ils également été opérés dans ce domaine ?

Nous recentrons nos moyens sur des structures de hautes performances, au Golf National et au domaine de Terre Blanche. Ces dernières sont dotées de toutes les infrastructures nécessaires pour appréhender le très haut niveau (box technique, qualité de la préparation des parcours…) et permettent l’organisation d’une scolarité (adaptée au programme sportif) directement sur site. Ils accueillent tous les deux un Pôle France et un Pôle Espoir.

Le Pôle Espoir de Terre Blanche sera véritablement opérationnel en septembre 2020. En conséquence, nous avons donc décidé de la fermeture des Pôles Espoir de Montpellier (en septembre 2019) et de Toulouse (en septembre 2020). Par ailleurs, nous continuons à promouvoir la filière des universités US parfaitement adaptée pour se préparer au haut niveau et se laisser un maximum de chances de s’installer sur les circuits américains.

Ces centres de performances sont donc déjà opérationnels ?

Oui. Et dès septembre 2020, le Golf National disposera d’un centre de petit jeu exceptionnel. Et un an plus tard, nous doublerons la surface du bâtiment accueillant les classes, les salles dédiés à la préparation physique… et nous allons créer 20 hébergements sur site pour loger nos joueurs sur place. Au total, cela représente un investissement de 4.5 millions d’euros. 65% sont financés grâce au soutien de nos partenaires publiques, l’Etat, la région Île-de-France, le département des Yvelines et Saint-Quentin-en-Yvelines qui nous accompagnent une nouvelle fois, sur ce beau projet.

À vous entendre, ces 15 dernières années, malgré une période récente moins glorieuse, on peut considérer que la ffgolf a toujours su accompagner ses sportifs avec de la réussite lorsque ceux-ci évoluent dans les rangs amateurs. En revanche, les performances se font toujours attendre au plus haut niveau professionnel. Comment la Fédération doit-elle agir dans ce domaine ?

Tout d’abord, il nous semble fondamental que la ff golf mette tout en œuvre pour favoriser principalement l’émergence des jeunes talents. Évidemment, comme dans toute discipline, ça part des clubs, qui doivent être accompagnés par les comités départementaux et les ligues.

En ce sens, les CD et les ligues ont un rôle fondamental et irremplaçable sur la détection, l’animation et le suivi des jeunes catégories d’âges, de 10 à 15 ans. C’est la raison pour laquelle, nous déployons un dispositif complet d’outils à destination des écoles de golf (matériel et contenus pédagogiques, repères de départs adaptés aux plus jeunes, circuit d’épreuves.).

Ensuite, quand les jeunes progressent en âge et en niveau, la ffgolf doit, toujours aux côtés des ligues, prendre le relais pour proposer aux joueuses et joueuses les plus prometteurs, les meilleures conditions d’entraînement, un programme de compétition à l’international et l’accès à l’expertise des meilleurs coachs mondiaux. C’est sur cette partie de la filière sportive que la ff golf doit concentrer ses efforts et ses actions. Pour ne rien négliger et adapter les moyens, nous avons confié à Alexandre Bosseray la mission de faire le lien avec les ligues, les entraîneurs personnels et les clubs des joueurs identifiés comme à fort potentiel.

Nous visons des médailles au Championnat du Monde amateur 2022 en France.

Pourquoi ?

Pour trois raisons essentielles. La première est liée au fait que la très grande majorité des sportifs qui intègrent le top 50 mondial, chez les garçons comme chez les filles, est issue de l’élite amateur. Très rares sont les joueurs amateurs classés au-delà du top 100 mondial chez les amateurs, qui intègrent quelques années plus tard l’élite professionnelle. D’ailleurs, nos meilleurs représentants nationaux actuels chez les pros ont tous figuré dans le haut du classement mondial amateur.

La deuxième est liée au faible levier que peut avoir une fédération auprès de sportifs professionnels. Un très bon joueur amateur, ou une très bonne joueuse (nous en avons de nombreux exemples, en France et à l’étranger) sont capables d’obtenir des montants de sponsoring importants, qui les rendent « indépendants » tant vis-à-vis de leur entourage que de la fédération. Ce n’est pas plus la fédération espagnole qui a financé le passage pro de Jon Rahm ou Carlotta Ciganda, que la fédération anglaise qui a financé les premières années de circuit de Georgia Hall ou Tommy Fleetwood.

Bien sûr la ff golf ne doit en aucun cas abandonner ses sportifs les plus prometteurs au moment de leur passage pro s’ils ne se qualifient pas dès leur première tentative sur le European Tour ou le LPGA. Ce n’est pas ce que nous faisons, puisque nous les accompagnons à la fois financièrement et d’un point de vue logistique, lors des deux premières saisons sur le Challenge Tour ou le LET.

Mais simplement, cet accompagnement, cette forme de transition, doit avoir un début et une fin. Cela doit être très clair dans l’esprit des joueurs. À l’issue de deux années de circuit (3 maximum), les joueurs et joueuses doivent évoluer sur les tours de première division. Ceux qui passent directement des rangs amateurs au European Tour ou sur le LPGA n’ont guère besoin de la fédération et c’est parfaitement compréhensible. Dans tous les cas de figure, cet « arrêt de l’accompagnement fédéral » est discuté au cas par cas avec chaque sportif, pour éviter toute rupture brutale, préjudiciable à la performance de l’athlète.

Et la dernière raison, alors ?

La troisième a une dimension, pour ainsi dire « sociologique » ou culturelle. En golf, la plupart des joueurs passent pro entre 20 et 25 ans. Il peut certes exister quelques exceptions, mais ça reste assez marginal. Il nous semble tout à fait souhaitable, comme c’est le cas dans leur vie d’une manière générale lors du passage à l’âge adulte que les sportives et sportives « s’émancipent » d’une forme de tutelle institutionnelle incarnée par la fédération. Le moment venu, ces champions en puissance doivent nager dans le grand bain, sans flotteur !

Quels objectifs de résultats vous fixez vous ?

Nous souhaitons être régulièrement représenté dans le top 30 mondial amateur. Et nous visons des médailles au Championnat du Monde amateur 2022 que nous accueillons en France. En redéployant nos moyens de cette manière, nous voulons évidemment des résultats !

Et je ne vois pas pourquoi la France n’y arriverait pas alors que des nations qui ont moins de moyens que nous comme la Norvège ou le Danemark parviennent à tirer leur épingle du jeu avec des joueurs comme Victor Hovland et Nicolai Hojgaard. Hovland, passé professionnel en juin dernier, a déjà décroché ses droits de jeu complets pour la prochaine saison du PGA Tour. Quant à Hojgaard, il jouait la Junior Ryder Cup en 2018 et vient de terminer deuxième du dernier KLM Open.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *